Chapitre 1 (1ère fournée)
Et je tiens à préciser que ce roman n'est pas un roman autobiographique. xD Certes, vous y trouverez des éléments autobiographiques, mais c'est tout. Je le précise, parce que ma soeur, en jetant un coup d'oeil rapide, m'a demandé : "Nawal, c'est toi ?" Eh bien non, Nawal =/= Ersilia. Bonne lecture, et surtout dites-moi si des détails ou des montagnes vous chiffonnent. ;)
Chapitre 1
"A vingt ans, ces nuits où des heures durant je restais le front collé à la vitre, en regardant dans le noir..."
De l'inconvénient d'être né, Cioran
La vie est un flot de conneries traversé ça et là par de brillants soleils. Cela dit, que l'on tende vers le haut ou que l'on tende vers le bas tout n'est qu'absurdité. On a beau cherché, on en revient toujours au même point : il n'y a pas de tout, il n'y a que du rien. L'être humain est submergé par le vide au point de s'y noyer. Flot de conneries, flot de souffrance, flot de néant : les trois forment une mer et jettent leur tête dans l'océan. Un soleil artificiel plane au-dessus de nos têtes, froides pour s'être trop cadavérisées : nous avons trop rêvé, nous avons trop espéré, nous avons peu vécu.
Cette fille que vous voyez là, blottie contre le mur de sa chambre, en est la parfaite illustration. Elle est encore jeune, me diriez-vous, mais tant d'années, tant de belles années gâchées par l'incapacité de vivre ! La mélancolie lui colle à la peau, la ronge, la dévore. Elle n'arrive plus à lutter, elle n'en a plus vraiment la volonté, elle voudrait juste en finir... Pourtant, elle est toujours là, blottie contre le mur de sa solitude. Des larmes de rage, d'impuissance et de désespoir roulent sur ses joues, chantant la douleur d'un coeur meurtri.
Dans un suprême effort, elle parvient à se lever. Ses jambes flageolent un peu, peinant à supporter le poids de sa mélancolie. Elle s'approche doucement d'un cadre accroché au mur et le caresse du bout des doigts. Et puis, brusquement, elle le saisit avec force et le balance à l'autre bout de la chambre. Bruit de verre brisé. Nawal - car c'est ainsi qu'elle s'appelle - s'agenouille alors près du cadavre et l'osculte comme un docteur. Elle verse des flots de tristesse sur son patient. Larmes de sang ? Illusion passagère...
***
Nawal face à son cahier bleu marine. Elle médite, cherche les mots justes, les mots qui frappent, la vérité. La vérité, les vérités ? Nawal soupira, son stylo dansant entre ses doigts. Et puis, les mots lui sourièrent, à son grand soulagement :
"Tu ne me comprends pas, tu ne me comprendras jamais, tu ne cherches même pas à me comprendre. Je te déteste, je t'aime, je ne sais plus très bien où j'en suis... Je voudrais t'en foutre une, mais je ne le puis... Tu es bien trop loin, journal crétin... Ai-je bien fait de m'excuser ? Le doute me donne envie de pleurer... Pourquoi suis-je incapable de suivre un conseil que tout le monde me donne ? Suis-je masochiste ? Je te hais, journal cruel... Ma douleur reste cloîtrée à l'intérieure et ma colère lui tient compagnie ; c'est frustrant. Je rêve d'un spectacle apocalyptique, un de ceux que tu ne pourrais jamais oublier. Je voudrais me tuer et devenir fantôme pour venir te hanter... Je voudrais que tu ne connaisses jamais la paix... Je te hais... Et je hais ce monde virtuel qui t'a donné cette nature de journal. Tu te prends pour un super héros, mais tu vois, tu n'es finalement que quelques feuilles de rien que je tache et sature avec l'encre de ma douleur. Regarde-toi dans un miroir et dis-moi ce que tu y vois, ô sinistre journal ! Moi, je ne peux plus te voir qu'en mode "figé" ; c'est comme si tu étais mort, un fantôme de mon passé...
Tu me fais tant de mal, moi qui ne te demande finalement pas grand chose...! Des images me hantent, ne me quittent pas... Je n'ai pas la gomme appropriée pour les effacer... Vois cette fille qui pleure ; des larmes de sang ruissellent sur ses joues. Entends cette fille qui chante ; c'est son dernier chant, la vie la quitte doucement. Vois cette fille face à son miroir ; elle lève lentement le bras et tire ; le miroir vole en éclats. Vois, entends, écoute, oui, mais parle ! Parle, je t'en prie... Fais-moi oublier dans quel néant je me suis engouffrée... Recueil de mes douleurs, recueil de mes joies, je te hais, mon très cher journal qui ne me comprends pas..."
Nawal relut les quelques phrases qu'elle venait de mettre au monde et se jugea satisfaite du résultat. Elle résolut de publier ces lignes sur son blog une fois qu'elle aurait accès à internet. Pour l'instant son frère y jouait les Don Juan, comme à son habitude...